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Il était une fois le Château de Cordès …
Le château de Cordès est construit au XIIIᵉ siècle par la famille de Chalus. Édifié sur un éperon rocheux, il constitue alors une forteresse destinée à surveiller et protéger le territoire.
En 1659, le château est vendu à la famille d’Allègre. Celle-ci entreprend d’importants travaux qui transforment progressivement l’ancienne forteresse en demeure de plaisance.
De grandes fenêtres sont ouvertes sur la façade ouest afin d’apporter davantage de lumière, une nouvelle porte est percée dans la chapelle et les bâtiments des communs sont construits.
En 1695, les d’Allègre font appel à André Le Nôtre, célèbre architecte paysagiste de Louis XIV, pour créer les jardins à la française. L’organisation géométrique des parterres, les perspectives et les alignements d’arbres viennent alors magnifier le château et son environnement.
De 1755 à 1873, le domaine appartient à la famille Grangier, qui poursuit son embellissement.
Elle fait réaliser les remarquables gypseries du salon et commande une cloche à Claude III Seurot, membre de la célèbre dynastie des Seurot, fondeurs de cloches en Auvergne du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle.
C’est également Pierre Grangier qui fait transférer à Cordès plusieurs éléments provenant de la chapelle du château d’Allègre, en Haute-Loire : le gisant, le baptistère et le retable en marbre de Carrare.
Une anecdote entoure le gisant. Afin de le préserver des destructions de la Révolution française, Pierre Grangier le fait retourner face contre terre pour le faire passer pour une simple dalle placée devant le retable. Ce stratagème lui permet d’échapper aux saccages. Il faudra attendre 1946 pour que M. Creuzot, architecte des Monuments historiques, intrigué par cette pierre, décide de la faire retourner et redécouvre le gisant.
À partir de 1873, plusieurs propriétaires se succèdent, mais tous sont rapidement confrontés à l’importance des travaux et au coût d’entretien d’un domaine de cette envergure. Les jardins manquent d’entretien.
En 1933, trois éléments sont classés au titre des Monuments historiques : la façade du château, la chapelle avec son salon, ainsi que les remarquables haies de hêtres et de charmes.
De 1938 à 1943, le château appartient au Département. Dès 1939, il sert de lieu de dépôt pour les œuvres d’art du musée Bargoin et du musée du Ranquet, mais aussi pour les collections de la bibliothèque de Strasbourg, évacuées après l’annexion de l’Alsace.
Ne pouvant assurer l’entretien du domaine, le Département revend le château en 1943 à M. Corbeil. Dix ans plus tard, dépassé par l’ampleur de la tâche, celui-ci le cède à Arsen Terakopiantz. Son acquisition, en 1954, marque le début de la renaissance du domaine. Il entreprend notamment la remise en état des charmilles, abandonnées depuis près de quarante ans.
En 1965, Maître Péchaud, notaire parisien, devient propriétaire du château et engage une seconde grande campagne de restauration. Il replante les carrés des jardins, restaure et remeuble les intérieurs du château.
En 1972, il fait replacer sur la passerelle les deux échauguettes, autrefois situées au sommet de la tour carrée et à l’angle du jardin du bas.
Enfin, en 1980, il fait aménager un étang à l’emplacement de l’ancienne serve.
Maître Péchaud conservera le domaine pendant 43 ans, poursuivant avec constance la restauration et la mise en valeur du château et de ses jardins.
En 1984 le château sera utilisé comme décor lors du tournage du film La Promise (The Bride) 1985 avec Sting dans le rôle principal.
Depuis 2024, les actuels propriétaires poursuivent à leur tour cette œuvre de sauvegarde. Parmi les premiers chantiers engagés figure la replantation des rosiers dans les massifs de buis, restés vides depuis 2008.
Depuis plus de huit siècles, le château et les jardins de Cordès n’ont cessé d’évoluer au gré de leurs propriétaires, des événements de l’histoire et des campagnes de restauration. Forteresse médiévale devenue demeure d’agrément, refuge pour les œuvres d’art pendant la Seconde Guerre mondiale, puis patiemment restauré depuis le milieu du XXᵉ siècle, le domaine témoigne d’un patrimoine vivant en perpétuelle évolution.
Aujourd’hui, les actuels propriétaires poursuivent cette longue chaîne de transmission. Leur engagement s’inscrit dans la continuité de tous ceux qui, au fil des siècles, ont contribué à préserver, restaurer et faire vivre le château et ses jardins, afin que ce lieu d’histoire continue d’être découvert et apprécié par les générations futures.



















